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Récit de Napapiiri
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Pâques 2003 au Maroc
Nous sommes trois: Martine et Yves (moi), professeurs
tous les deux, et Marie-Anne, notre fille, qui va avoir quinze ans. Nous
envisageons depuis un certain temps d’aller au Maroc. J‘y
ai enseigné de 1975 à 1981. C‘est même là
que j‘ai débuté. J‘y suis retourné deux
fois avec mon épouse, mais notre dernier voyage remonte à
1986, et notre fille n‘y est jamais allée. Les vacances de
Pâques sont les seules où on peut à la fois avoir
beau temps et ne pas trop risquer de crever de chaud, or Martine redoute
la chaleur. Cette fois-ci, nous nous sommes décidés. Un
mois avant le départ, nous avons acheté notre billet de
bateau Algeciras - Ceuta et retour auprès de l’agence Euromer,
de Montpellier. Nous avons des billets mais pas de passage réservé.
Il semble que cela ne se fasse pas. Nous habitons Le Blanc, dans le sud-ouest
de l’Indre.
Vendredi 11 avril: Nous avons fait modifier nos emplois du temps pour l’occasion et Marie-Anne sèche exceptionnellement les cours de l‘après-midi. Nous quittons donc Le Blanc vers 13 h vers le sud-ouest via Poitiers, Angoulême et Bordeaux. Il fait gris et frais. Il pleut même parfois. Nous traversons les Landes en fin d‘après-midi. Le temps s’améliore. Après avoir fait quelques courses à Labouheyre, nous prenons l’autoroute pour contourner Bayonne, ce qui nous permet de constater que nous sommes surtaxés au péage. Nous passons une nuit tranquille à la station-service de Bidart où nous sommes arrivés un peu après 20 h. Samedi 12 avril: Nous repartons à 7 h. Du côté espagnol, nous payons le même tarif que les voitures. Les Espagnols semblent moins sous-développés que les Français de ce côté-là. Nous dépassons San Sebastian, puis nous prenons la route de Vitoria et Burgos. Nous déjeunons au col de Somosierra. Il y a de la neige et il ne fait que 4°. Traversée de Madrid sans problèmes. La voie express vers le sud est chargée, week-end oblige. Le temps s’améliore et la température remonte. Nous arrivons vers 19 h à Villafranca de Cordoba, au bord du Guadalquivir, une vingtaine de kilomètres à l‘est de Cordoue. J’y ai repéré un camping attrayant sur Internet. Nous nous y installons. Il fait 21°. Dimanche 13 avril: Nous partons dès 8 h. Nous allons jusqu’à Cordoue, puis nous prenons la route vers Antequera et la voie express de Malaga à Algeciras à travers les stations balnéaires. Nous arrivons vers midi à Algeciras. On est tout de suite dirigé par les panneaux vers la queue des voitures pour Ceuta où on nous donne les fiches d’embarquement. A 13 h nous embarquons. Le bateau met 35 minutes pour aller à Ceuta au lieu des 90 auxquelles j’étais habitué ! La douane marocaine n’a pas beaucoup changé depuis mon époque. Les démarcheurs ont presque disparu à part ceux qui, en territoire espagnol, essayent de nous refiler des fiches de passage en douane dans l‘espoir d‘un bakchich. Nous passons ¾ d’heure dans l’enceinte du poste marocain. Finalement il est 13 h à la marocaine (GMT, au lieu du GMT+2 de nos montres européennes) quand nous repartons munis de 1470 dirhams obtenus en échange de 140 €. Jusqu’à Tétouan, la route est chargée. Il fait gris et frais. Marie-Anne, d’habitude intarissable, est étonnamment muette. Sans doute y a-t-il trop de choses nouvelles à voir d‘un coup. Nous pensions camper vers Tétouan. Mais il est plus tôt que prévu. Et trop tard pour arriver sans nous presser le soir à Meknès, notre premier but. Nous allons à Moulay Bouselham, la plage des Meknassis, entre Kénitra et Larache. Au nord de Larache, nous expérimentons l’autoroute marocaine. Nous sortons à quelques kilomètres de notre but alors qu‘autrefois on accédait à Moulay Bouselham par quarante kilomètres d’une médiocre piste. Le camping municipal est joli mais rustique, mais il coûte une somme dérisoire. Nous sommes juste devant l‘océan. Un pêcheur vient nous proposer du poisson. Il s‘offre même à nous le faire cuire. Marie-Anne assiste à sa première séance de « ça va, et toi ça va, et la famille ça va… » en arabe. Elle ne m‘avait encore jamais entendu parler dans cette langue. Pendant la nuit, il y a un très fort coup de vent et beaucoup de pluie. Lundi 14 avril: Il est 4 h 27 quand le muezzin se fait entendre. La tempête s’est calmée. Vers 6 h je suis même en train de fumer ma pipe dehors. Mais à 7 h il tombe un véritable déluge dans un bruit assourdissant, avec des éclairs de tous les côtés. Quand nous partons, la route qui remonte vers le village est à moitié emportée. Nous passons quand même grâce à l’arrivée rapide de quelques employés du camping qui dégagent le passage et nous guident. La météo fait que nous préférons rester sur l’autoroute jusqu’à Kénitra. Nous y faisons le plein: le litre de gazole coûte ici 0,55 € au lieu des 0,78 € qu‘on trouvait en France il y a deux jours. Après cela, nous nous dirigeons à travers la plaine du Gharb par Sidi Yahya et Sidi Slimane jusqu’à Sidi Kacem. Nous sommes à midi à Volubilis. Nous sommes surpris par la pluie pendant la visite de cette superbe ville romaine. Finalement nous arrivons à Meknès en début d‘après-midi. Je trouve facilement le camping qu’évidemment je n’ai jamais pratiqué car j’habitais Meknès autrefois. Nous nous y installons. Il est très plaisant. Comme il est tôt et que le temps s’est calmé, nous allons visiter la médina que l‘on atteint en une petite ½ heure de marche entre les murs de la cité impériale pour déboucher à côté de Bab Mansour. Marie-Anne se fait sa première traversée de souq et elle est sidérée. Nous visitons la medersa Bou Inania et quelques boutiques de tapis. Plaisir des yeux, comme disent les commerçants. Nous achetons des olives variées et des pains ronds au marché central de la médina et nous rentrons les manger au camp. Mardi 15 avril: Vers 7 h, il fait 7°. Quel pays chaud ! Nous entendons les clairons de l’Académie Royale Militaire toute proche. Nous allons nous promener cette fois-ci en ville nouvelle, encore à pied. Nous allons au marché central de la ville nouvelle. J‘y salue le marchand de fromage chez qui je me servais vingt ans avant. Nous allons voir l‘entrée du lycée Paul Valéry où j‘ai enseigné l‘histoire et la géographie. A midi nous sommes au camping, fatigués. Après la sieste, Marie-Anne et moi repartons pour la médina. Pas de petit taxi en vue, nous y allons donc encore à pied. En prévision de son prochain anniversaire, j’offre un bracelet de style berbère à Marie-Anne. Je m’achète des belghas, les babouches jaunes et pointues traditionnelles. Nous achevons nos courses par une nouvelle provision d’olives et de kesras, les pains ronds. Malheureusement, pas moyen de trouver de cornes de gazelle, ces petits gâteaux dont j‘étais particulièrement friand. Un journal acheté le matin nous permet de guetter les appels à la prière. Nous nous couchons après le dernier, vers 20 h 30 (il est 22 h 30 en France). Mercredi 16 avril: En allant payer, je discute avec le gérant. Il s‘avère que nous avons des amis communs. Du coup, il me fait payer le minimum du minimum et me donne des nouvelles. Après cela, nous allons à Plaisance, le quartier sur la route de Fès où j‘habitais. Mon immeuble a disparu. D‘ailleurs, j‘ai du mal à reconnaître la route entre Plaisance et la ville tellement ça a construit. Après ce détour, nous prenons la route du sud par El Hajeb. L’auberge Amros, en plein bled un peu avant Azrou et autrefois si rustique, est devenue un hôtel moderne. Traversée d’Azrou. On voit de la neige dans les hauteurs vers Timahdite. Midelt. Le djebel Ayachi est tout neigeux. Nous arrivons à Errachidia, devenue une grande ville moderne, et nous nous installons en début d’après-midi au camping de la source bleue de Meski, vingt kilomètres plus au sud, au bord de l‘oued Ziz. Nous buvons le thé à la menthe avec un des marchands du coin. Il fait enfin chaud, mais sans excès. Jeudi 17 avril: Nous allons tôt jusqu’à Erfoud, où je dois revisser une roue qui commençait à remuer, puis jusqu’à Rissani. Nous voyons les premières dunes. De retour à Erfoud, nous allons changer de l’argent à la banque et nous faisons provision d’eau minérale et de kesras encore tièdes chez un épicier. Nous prenons ensuite la route directe d'Erfoud à Tinejdad que je n'ai encore jamais prise et qui est très belle. A midi, nous faisons le détour pour voir les gorges du Todgha, à côté de Tineghir. Les 15 kilomètres sont laborieux, la route est médiocre et encombrée, mais le site est superbe. Nous reprenons la route de l’ouest, par Boumalne du Dadès et El Kelaa des Mgouna, la région de la rose. Nous sommes avant 16 h à Ouarzazate dont nous trouvons le camping, à l‘entrée est. Vendredi 18 avril: Nous prenons la route de Marrakech par le Tizi n'Tichka. Il n‘y a que 200 km mais nous mettons quatre heures pour couvrir la distance. La route n‘est pas rapide mais elle est très belle. Nous arrivons enfin à Marrakech vers 13 h. Il fait gris. Nous allons jusqu’à la Koutoubia. Le parking où nous pensions passer la nuit nous déplait et Marie-Anne semble peu attirée par la ville, alors nous repartons directement vers Essaouira. Il faut dire que je n‘ai jamais été séduit par Marrakech. Chichaoua, où j‘ai connu autrefois des stations-service dans lesquelles les pompistes pompaient réellement, a beaucoup grossi et est même devenu chef-lieu de province. Nous traversons ensuite un bled en plein dans la cohue bon enfant du souq. Nous arrivons à Essaouira un peu avant 16 h et nous nous installons au camping, au sud de la ville. Il fait très beau avec un petit vent frais. Il y a des chats sympathiques. On entend l’océan. Samedi 19 avril: Nous allons à pied en ville. Il nous faut une petite ½ heure, en longeant l’océan. Essaouira est toujours aussi belle et sympathique. Nous déambulons dans les rues en regardant les magasins. Les marqueteurs sont à la même place, dans les fortifications. J’ai le plaisir de trouver enfin des cornes de gazelle. Nous passons l’après-midi au camp, à ne rien faire. Dimanche 20 avril: C’est le jour de Pâques. Nous retournons nous promener en ville. Il fait beau et chaud, mais toujours avec un petit vent qui rafraîchit. Nous allons au port, nous rêvons devant les tables en marqueterie. Nous renonçons à en rapporter une, ne voyant pas très bien où nous la logerions à la maison. Martine s‘offre un bracelet en argent. Nous passons encore une après-midi totalement inactive à part les jeux et les nombreuses visites aux petits chats. Lundi 21 avril: Nous prenons la route de Casablanca. Les paysages sont beaux. Nous sommes en avril mais il semblerait que la moisson soit sur le point de commencer. Les batteuses circulent beaucoup. Entre El-Jadida et Casablanca la circulation devient pénible. L’autoroute de Casablanca à Rabat nous soulage. A l’entrée de Rabat, nous suivons l’indication Salé et nous nous retrouvons au bord de l’océan jusqu’à la casbah des Oudaias. A Salé nous nous installons au camping de la plage. Il est 16 h. Nous sommes juste en face de la médina de Rabat, de l’autre côté de l’oued Bou Regreg, et nous voyons parfaitement la casbah des Oudaias.. Mardi 22 avril: La prière de l’aurore a lieu à 4 h, et cette fois-ci nous sommes entourés des minarets de Rabat et de Salé ! A 9 h, nous nous stationnons côté Rabat, au bord du fleuve au pied de la médina. Le temps est menaçant. Nous allons voir le jardin de la casbah des Oudaias. Nous y sommes surpris par la pluie. Nous visitons rapidement le café maure qui domine l‘oued. Ensuite, nous allons dans la rue des Consuls, à l’entrée de la médina voisine, où nous trouvons enfin le plateau en cuivre que nous cherchions. On dirait que les objets en cuivre, très à la mode à mon époque, n‘intéressent plus les touristes. Nous allons ensuite au supermarché. Mon premier supermarché marocain ! Celui où nous allons s‘appelle Marjane et se trouve non loin de l‘oued Bou Regreg, en direction de Salé. Il est tout à fait plaisant. Vers midi, nous sommes au centre artisanal de la route de Meknès. Autrefois il y avait là simplement des potiers, et puis des vanniers un peu plus loin. Maintenant c‘est un ensemble moderne avec des magasins d’artisanat marocain de luxe. Finalement, nous retournons au camping de Salé passer l’après-midi. Il y a beaucoup de vent et des grains. Mercredi 23 avril: Nous prenons vers le nord la route de Kénitra, en délaissant l’autoroute. Nous voyons l’entrée des jardins de Bouknadel qui ont l‘air d‘exister encore. Nous faisons le crochet par la plage des Nations. Il fait très gris, il y a du vent et l’océan est très agité. Nous continuons vers le nord par Souq el Arbaa du Gharb. Les bâtiments de l’ancienne douane espagnole sont encore là sur la route avant Ksar el kébir. Nous traversons Larache et Asilah. Peu avant Tanger, nous prenons la route du cap Spartel. Vers 13 h, nous nous y logeons dans un camping plein de végétation, désert et très cher pour le pays. Il fait beau mais sans chaleur excessive. Nous sommes entourés de chiens débonnaires. Après-midi de repos complet. Nous ne voyons arriver des voisins que dans la soirée. Jeudi 24 avril: Nous traversons Tanger à l’heure de rentrée des écoles. La ville nous plait. Marie-Anne s‘imagine même élève au lycée Regnault. Ensuite nous allons de Tanger à Ceuta par la route côtière du djebel Musa. Le paysage est très beau, avec des vues panoramiques sur le détroit de Gibraltar. Le passage de la douane marocaine est toujours le même souq mais nous passons en Espagne en une ½ heure. Record battu ! Je rechange 1000 dh contre 90 €. Nous perdons deux heures en revenant à l‘heure espagnole. A Ceuta, nous complétons notre plein avec du gazole détaxé à 0,46 € le litre. Comme à l’aller, nous sommes presque tout de suite embarqués. Nous sommes en Europe vers 14 h 30. Nous nous amusons à faire un petit tour à Gibraltar, sans nous arrêter car il y a beaucoup de monde. Ensuite, c’est la route en direction de Malaga. Nous faisons des courses dans un supermarché d’Estepona. Nous traversons ensuite Malaga, Antequera et Cordoba. Nous arrivons vers 21 h au camping de Villafranca de Cordoba que nous avions fréquenté à l’aller. Il n’est que 19 h pour nos estomacs marocanisés, nous supportons donc cette heure tardive. Le soleil commence à se coucher. Vendredi 25 avril: Partis peu après 9 h, nous déjeunons avant Aranjuez. Traversée de Madrid en début d’après-midi. Vers 18 h, sous une forte pluie, nous décidons de nous arrêter à Burgos plutôt que d‘arriver en France de nuit. Nous retrouvons facilement le camping où nous avions séjourné en 1993. Depuis que nous sommes dans le nord de l’Espagne, il tombe des cordes et il fait bien frais. Il est vrai que Burgos est à plus de 850 m d’altitude. Samedi 26 avril: Pour partir, nous devons utiliser nos plaques de désensablage à cause de la boue dans laquelle nos pneus patinent. Le temps s’améliore pendant la traversée du pays basque. Nous sommes en France en tout début d’après-midi. Il fait désormais très beau. Bayonne, Bordeaux, Angoulême, Poitiers. Nous sommes à la maison vers 21 h 30, enchantés de notre voyage et bien décidés à retourner au Maroc. Napapiiri
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